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FL Studio, le hobby devenu projet d’envergure mondiale : 'Pendant longtemps, Deadmau5 était notre testeur béta.’

FL Studio, le hobby devenu projet d’envergure mondiale : 'Pendant longtemps, Deadmau5 était notre testeur béta.’

Il y a énormément de différences entre la première version de FruityLoops et l’actuelle

Interview Joshua Migneau
Photographs GF

Martin Garrix, Deadmau5, Soulja Boy : avec un demi million d’autres personnes, ils font partie des utilisateurs payants de FL Studio, l’ancien FruityLoops, qui avait démarré comme hobby mais est devenu un projet d’envergure mondiale. Ce succès lui a valu un Vanguard Lifetime Achievement Award de Red Bull Elektropedia.

Soulja Boy avait seize ans quand il a enregistré un hit avec Crank That (Soulja Boy). Il avait bricolé les beats sur son ordinateur après les heures de cours avec le software FruityLoops, qui s’appelle aujourd’hui FL Studio. 'Ca n’était même pas avec le programme complet, mais avec la version démo’, dit-il à Vice. 'Je ne pouvais utiliser cette version démo que pendant quelques jours, mais je pouvais l’utiliser pour créer tous les types de beats que je voulais. Et vite en plus.’ Ceci démontre la puissance de FL Studio, qui permet de réaliser un beat en un minimum de temps et sans trop de connaissances préalables. Même plus qu’un beat : un hit !

La version démo du software musical est téléchargée en moyenne 30.000 fois par jour, et environ 10 millions de fois par an. En 2014, Image Line, la maison mère derrière le projet, fondée par CTO Jean-Marie Cannie (49) et CFO Frank Van Biesen, a enregistré un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros. Aucun doute, FL Studio est un succès.

Des jouets pour pirates

Mais comme dans toutes les grandes histoires de réussite, FL Studio a connu des débuts difficiles. C’est pendant son temps libre que Didier Dambrin, qui programmait des jeux pour Image Line, a développé ce programme de musique, par insatisfaction vis-à-vis de ReBirth, Hammerhead Rhythm Station et autres synthétiseurs virtuels et boîtes à rythmes de l’époque. Son software devait être plus accessible et visuellement attractif. A la base se trouvaient des loops, soit des motifs qui sont répétés automatiquement. De là le nom FruityLoops.

Image Line y a vu un potentiel et a adopté le software. Quand le programme a été lancé en 1998, le serveur a rapidement planté. Trop de personnes souhaitent le télécharger en même temps. Les cinq premières années, la popularité de FruityLoops ne s’est toutefois pas traduite en argent. Des milliers de personnes utilisaient le software, mais très peu payaient pour s’en servir. Des versions illégales étaient en effet diffusées à grande échelle.

‘On nous a aussi fait pas mal de reproches’, se souvient Jean-Marie Cannie. ‘A cause du graphisme – un fond gris avec des icônes colorées par-dessus- FruityLoops était souvent présenté comme un jouet. Pourtant, nous soutenions ce graphisme, parce que des programmes concurrents comme Cubase, Ableton et Logic ressemblaient à des feuilles de calcul avec un fond blanc. C’était vraiment moche et pour une utilisation prolongée, notre produit était bien plus agréable.’

Image Line a néanmoins persévéré et à partir de 2003, FruityLoops est devenu de plus en plus rentable. En 2016, c’est désormais le seul produit dans l’écurie Image Line.

Froot Loops

‘Il y a énormément de différences entre la première version de FruityLoops et l’actuelle’, explique Cannie. ‘En 1998, on ne pouvait produire que des sons MIDI, tandis qu’aujourd’hui c’est devenu une installation studio complète, avec des synthétiseurs intégrés et des effets real time. Il sert à produire, mixer et enregistrer de la musique.’

Autre détail important : FruityLoops ne s’appelle plus FruityLoops. 'Le mot loops a une connotation négative. Un musicien veut surtout créer sa propre musique, et non pas assembler des loops préenregistrés par une tierce personne. Le mot fruity est de plus associé à gay, ce qui n’est pas forcément apprécié dans certains milieux hip-hop. Et enfin, Kellogg's est venu se plaindre que FruityLoops ressemblait trop à Froot Loops, une de leurs marques de céréales. Bref, le nom était un désastre, donc on l’a changé en FL Studio. Didier Dambrin l’a encore toujours mauvaise.' (rires)

Mais les idées centrales du programme ont été maintenues. ‘FL Studio était et reste un des rares programmes de software qui permettent de directement faire de la musique. Logic, Cubase et Sonar sont tous basés sur le principe de jouer et enregistrer avec un groupe. Mais pour utiliser FL Studio, il n’est même pas nécessaire d’être musicien, de posséder un instrument ou de faire de la configuration pendant des heures’, dit Cannie. 

Ajoutez à tout ça un graphisme attractif et des mises à jour gratuites à vie –on ne veut surtout pas que les gens doivent payer pour résoudre des problèmes que nous avons créés- et vous obtenez la recette du succès de FL Studio.

Selon Canie, FL Studio n’a même pas encore atteint son plein potentiel. ‘On a passé les six dernières années à rendre FL Studio compatible avec Mac. Actuellement, le software ne tourne que sur pc. On estime qu’une bonne moitié de notre public cible de musiciens et esprits créatifs utilise un Mac. Cette version Mac devrait donc signifier un doublement de notre chiffre d’affaires. Mais le code est un travail de moines copistes. On vise Noël 2017.’

'Le Photoshop du software musical'

Cannie n’use pas uniquement d’arguments de vente quand il parle de l’accessibilité et de l’attractivité de FL Studio. Jetez par exemple un œil aux tutoriels YouTube d’Avicii et Martin Garrix, dans lesquels ils montrent comment ils ont créé certains de leurs hits à l’aide de FL Studio. Leur écran affiche un bloc puzzle aux couleurs éclatantes, de la musique électronique sort de leurs baffles.

Pour nombre d’artistes, FL Studio était non seulement le moyen idéal de composer de la musique, mais certains artistes ont même grandi sous les ailes d’Image Line. 'Pendant longtemps, Deadmau5 était un de nos testeurs béta’, dit Cannie. ‘Il a quitté l’entreprise quand il a percé avec son single Faxing Berlin, réalisé avec FL Studio bien entendu. Madeon était un cas similaire. ‘Il a un jour nommé FL Studio ‘le Photoshop des softwares audio numériques’. C’est donc plus que justifié que Red Bull Elektropedia attribue aujourd’hui le Vanguard Lifetime Achievement Award au programme.