De Puta Madre : les débuts du hip-hop en Belgique

Share

Avec un nouveau best-of, le DJ vétéran Grazzhoppa revient sur ses années de gloire avec le crew bruxellois qui lança le hip-hop dans notre pays.

(Lees dit artikel in het Nederlands via deze link).

Le hip-hop est aujourd'hui le genre musical dominant dans le monde entier – mais peu savent comment le son a fait son chemin jusqu'en Belgique. La semaine dernière, Mixtapesfinest a sorti une cassette USB exclusive avec le meilleur matériel exclusif de De Puta Madre, l'un des premiers groupes hip-hop les plus influents de Belgique, fondé à Schaerbeek en 1990 par Smimooz, Sozy One, Rayer et Grazzhoppa. Nous avons parlé avec ce dernier des débuts de la culture hip-hop en Belgique et du succès de De Puta Madre. Parce que leur album 'Une Balle Dans La Tête' de 1995 – le tout premier album underground belge à sortir à compte d’auteur – connut un succès fulgurant.

Décris-nous un peu ces premiers jours du hip-hop en Belgique.

« J'ai commencé à acheter des disques vers 1984. C'était vraiment le tout début, on pouvait à peine parler d'une scène à l'époque. Ce sont en fait principalement des écoles de danse et des breakers qui ont expérimenté le son pour la première fois en Belgique. À cette époque, on était obligé de voyager en dehors de sa ville pour rester à jour. J'ai grandi à Bruges, donc je suis souvent allé à Bruxelles, Anvers, Gand - et plus tard à Londres, Paris, Amsterdam et Rotterdam. C'est là qu’on entendait les nouveaux disques. »

Ces crews étaient bien plus qu'un groupe d'artistes et de DJ à l'époque - il y avait des breakers, des tagueurs, des beatboxers ou une combinaison de tout cela.

Y avait-il d'autres DJ à l'époque ?

« Absolument, beaucoup de DJ de la scène disco ont commencé à expérimenter le son électro de Detroit vers le milieu des années 80. À cette époque, je voyais aussi le hip-hop comme une sorte de musique électro. Quand on écoute des collectifs comme le Jonzun Crew ou le World Class Wreckin' Cru, on entend surtout un son électro rythmé. Par exemple, l'influence de Kraftwerk a été très grande sur cette scène des premiers jours. Ce n'est que plus tard que le rythme s'est ralenti. À Gand, Mo & Benoeli (plus tard The Glimmers, éd.) ont également joué du hip-hop, qui était alors simplement considéré comme de la dance music. Frankie Jones, la légende Bonzai qui devint plus tard surtout connue pour ses disques rave, a également commencé comme battle DJ. L’Anversois DJ Sake a été l'un des premiers en Belgique à faire du scratch, et on voyait également apparaître de plus en plus de crews à Bruxelles. Ces crews étaient bien plus qu'un groupe d'artistes et de DJ à l'époque - il y avait des breakers, des tagueurs, des beatboxers ou une combinaison de tout cela. Le R.A.B. Crew, le prédécesseur de De Puta Madre, comptait pas moins de 60 membres ».

En 1991, tu es devenu champion d'Europe au célèbre DMC DJ Championship. Cela t’a ouvert des portes ?

« À cette époque, je faisais beaucoup de battles de DJ, j'enregistrais des disques avec des rappeurs à Londres et à Amsterdam et j'étais dans différents crews ; à la fois dans RCC (Rhyme Cut Core) avec TLP et dans De Puta Madre. Tout a explosé en même temps – et le championnat DMC y a certainement contribué. Nous sommes partis pour une première tournée avec De Puta Madre. Espagne, France, Allemagne, Italie… Nous avons été partout. Lors de ces premières tournées, nous avons fait beaucoup de nouvelles connexions utiles qui ont conduit à de nouveaux projets. Je vois la musique de la même manière que le graffiti : en taguant on n’apporte parfois qu'un petit morceau, et parfois on transforme tout un train. Sur scène, tu es tantôt DJ pour un rappeur, tantôt la star avec une performance scratch ou une nouvelle mixtape ».

De Puta Madre était LE groupe des années 90. Ils avaient un style vraiment original qu’on ne pouvait pas cloisonner. - Lefto

À quoi ressemblaient les années de gloire de De Puta Madre ?

« De Puta Madre était un grand mouvement, avec beaucoup de gens différents du quartier de Schaerbeek. Le problème, c'est qu'on pouvait voir nos tags partout à Bruxelles, ce qui nous a souvent causé des ennuis (rires). Nous avons fait des tournées partout, en Belgique et à l'étranger, en sortant des mixtapes à la chaîne. Nous avons également organisé des battles avec d'autres crews. C'était la belle époque. »

À quel moment as-tu senti que le son (et le mouvement) a commencé à devenir mainstream ?

« Je n'ai jamais vraiment eu l'impression que nous étions devenus mainstream. Au milieu des années 90, la scène s'est divisée à mesure que le son R&B (initié par Mary J Blige, par exemple) est devenu de plus en plus populaire. Au départ, toute la gamme était couverte lors d'une soirée hip-hop, et peu à peu on voyait des événements se concentrer sur une seule partie. Aujourd’hui, on revoit cette même dynamique avec la trap. À chaque fois, on voit qu’un segment de la scène se déchire, ce qui est dommage, car le hip-hop englobe tellement de sons différents. Chez De Puta Madre, nous avions tous notre style préféré, du reggae à la soul, et c'était parfaitement normal ».

L’idée que ce que nous avions commencé au début des années 80 est maintenant devenu le genre musical le plus dominant et le plus influent au monde me plaît assez bien.

En tant que vétéran, que t’inspire le son hip-hop actuel ?

« L’idée que ce que nous avions commencé au début des années 80 est maintenant devenu le genre musical le plus dominant et le plus influent au monde – pas seulement la musique elle-même, mais la culture au sens le plus large du terme – me plaît assez bien. Bien sûr, il y a beaucoup de trucs vraiment nuls, mais c'était aussi le cas à l’époque. Je trouve incroyable de voir ce que le hip-hop a réalisé jusqu’ici, des rappeurs aux graffitis en passant par le break et le scratch. Toutes les skills ont entre-temps été portées à un niveau tellement élevé que c'en est presque absurde. Je suis encore surpris presque tous les jours. »

As-tu un message pour les jeunes fans de hip-hop ?

« Faites vos recherches. C'est un cliché, mais dans le passé, on devait faire beaucoup d'efforts et il fallait beaucoup d'argent et de temps pour se tenir au courant de tout. De nos jours, tout est disponible instantanément. Profitez-en ! Trouvez les origines de votre musique préférée, plongez dans l’inconnu et vous trouverez sans aucun doute de l'or. »

Qu'y a-t-il sur la nouvelle cassette USB pour collectionneurs - De Puta Madre ?

« En fait, il s'agit d'une compilation des meilleurs morceaux de De Puta Madre de différents albums, ainsi que des versions instrumentales. Cela n'a jamais été publié ensemble sur un seul support. Vraiment un objet de collection pour les fans ».